Ecrits d’un Maître de la Rose-Croix PDF

Retour sur un personnage Plus de trente ans après la rétrospective qu’il lui a consacrée, le Centre Pompidou déploie à nouveau l’œuvre labyrinthique de Salvador Dalí ecrits d’un Maître de la Rose-Croix PDF ses espaces. L’exposition commence avec les premières recherches picturales, l’attrait de Dalí pour l’impressionnisme, le cubisme et son rapport ambivalent à la peinture académique. Elle s’étend par la suite à la période surréaliste, allant de ses premières rencontres avec les principaux membres du mouvement jusqu’à sa mise à l’écart, soulignant la position particulière de l’artiste au sein du groupe parisien. Au-delà des seules productions matérielles, elle met aussi l’accent sur l’attention toute particulière qu’il accordait à la construction de son personnage, l’édification de son propre mythe et l’affirmation de son génie, qui le caractérise encore aujourd’hui auprès du grand public.


En 1909, Harvey Spencer Lewis, un jeune Américain passionné d’ésotérisme, de mysticisme et d’aventure, traverse l’Atlantique pour venir jusqu’en France, à la recherche de sa pierre philosophale, de son graal, de sa rose… Sa quête le mène jusqu’à Toulouse où il rencontre la Rose-Croix. Plus tard, il donne pour titre au récit de son périple : Voyage d’un pèlerin vers l’Est. C’est ce texte qui fait office de premier chapitre de ce livre. Il est suivi d’autres écrits comme Les arts mystiques, Le pouvoir psychique, Les âmes libres, La clef du bonheur…

Il rapporte qu’on y encourageait les étudiants à trouver leur propre manière. Outre ses premiers attraits pour le néo-impressionnisme, son adhésion au noucentisme2 catalan, Dalí s’intéresse au cubisme parisien, au futurisme italien aussi bien qu’à dada et, dans le domaine littéraire, à l’ultraïsme3 espagnol. Autoportrait cubiste, réalisé en 1923, porte clairement la marque du cubisme synthétique et celle d’un mouvement de décomposition rayonnant. La présence du prospectus publicitaire, à droite, fait aussi bien référence aux journaux des premiers papiers collés de Braque et Picasso qu’à la volonté futuriste d’inscrire dans la toile un référent direct à l’activité tapageuse de la ville moderne. Chose intrigante, le rectangle beige de cette publicité qui s’auto-désigne comme telle, est percé d’un demi-trou noir. S’agit-il de la palette du peintre en action, se représentant pour faire son autopromotion tout en faisant celle du cubisme ?

Le visage, dont ne demeure qu’un masque sans bouche ni narines, ne comporte aucun élément qui permette l’identification précise de Dalí. Paysages intérieurs Un lieu hors du temps Se remémorant les étés de son enfance passés au bord de la Méditerranée, Dalí raconte avoir imaginé dans les plaines de l’Empordan et les paysages rocheux du cap de Creus, les bases des recherches qu’il mènera ultérieurement. Le jeune Dalí enracine ainsi son imaginaire dans les reliefs anthropomorphiques de la côte, dressant leurs agglomérats de pierre sur l’horizon infini de la mer. C’est donc à la fois dans la contemplation des paysages de sa terre natale et en tournant son regard vers les avant-gardes européennes que le peintre élabore son imaginaire visuel, affirmant volontiers son caractère à la fois local et international.

Du reste, même au sommet de sa gloire, Dalí gardera toujours un pied dans sa région natale. Dalí peint Figueres, les jardins et le lac de Vilabertrán, le Molí de la Torre, le quartier Garrigal, la baie de Rosas, la plaine de l’Empordan, Cadaqués, Port Lligat ou le cap de Creus, privilégiant toujours ces trois derniers lieux. Cadaqués vu depuis la tour du cap de Creus, peint vers 1923, soit un an après l’entrée de Dalí à l’Académie de Madrid, célèbre l’union du paysage local et de l’avant-garde cubiste. Dans des camaïeux de bruns, d’ocre gris et de verts sombres, il souligne l’imbrication organique des volumes anguleux construits par l’homme et d’un paysage montagneux tout en courbes. Cette peinture témoigne de l’intérêt que Dalí porte, d’une part, à l’extrême simplicité de ce paysage façonné par le souffle de la tramontane, d’autre part, aux reliefs évocateurs de ses montagnes, gonflées comme des seins. Cette opposition se manifeste, notamment, lors de la visite officielle du roi Alphonse XIII à l’Académie, en 1923, et auquel il tire une profonde révérence.

Les aspirations du mouvement noucentiste auquel le peintre a adhéré se retrouveront ainsi dans ses périodes ultérieures : l’expression du génie méditerranéen, tiraillé entre tradition et modernité. Marquée par cette volonté d’intégrer aux découvertes formelles des avant-gardes les influences de la culture classique, notamment dans la mise en avant du nu et plus particulièrement du corps féminin, Académie néocubiste, 1926, s’inscrit dans l’esthétique européenne de cette période d’entre-deux-guerres, qualifiée par les historiens de retour à l’ordre. Dans cette toile, l’influence de Picasso se manifeste dans ses emboîtements volumétriques, exprimant l’architectonique des corps. En 1926, peu après son exclusion des beaux-arts, Dalí a effectué son premier voyage à Paris pour rencontrer le maître, qui a remarqué une de ses toiles, Fille de dos, la même année, à la Galerie Dalmau de Barcelone. Picasso accueille le jeune peintre catalan dans son atelier, rue de la Boétie.

Cheminant en transparence sur le paysage, des baguettes d’encadrement s’introduisent dans la composition, comme pour proposer des cadrages secondaires, des indications de lecture qui interdisent au regard toute forme d’immersion. Les putréfaits, art et psychanalyse Fin 1928, Dalí retrouve Luis Buñuel pour travailler le scénario d’un film, d’où naîtra Un chien andalou. Chargeant des pianos à queue, noirs et cirés comme des cercueils, de cadavres d’ânes en putréfaction, avec des curés à la remorque, remplaçant la bouche de l’acteur Pierre Batcheff par des poils d’aisselle, ou perçant le creux de sa main pour en faire sortir une colonie de fourmis frénétiques, le film va attenter aux images du corps social de la bourgeoisie comme à celle du corps humain. La notion de putréfaction, à laquelle Dalí fait régulièrement référence est le sujet de sa série de dessins Les Putréfaits, réalisée entre 1925 et 1927. Elle constitue l’un des thèmes favoris au sein du groupe de la Residencia de Estudiantes.

C’est dans cette rencontre d’Eros et Thanatos que s’exprime son goût pour le  sang , la  merde  et la  putréfaction , trois motifs grâce auxquels il met le doigt sur les antagonismes du désir sexuel. Même le groupe surréaliste, qui prétend abolir toute forme de hiérarchie, sera dérangé par la figuration des excréments dans la toile Le jeu lugubre, que Dalí leur présente lors de leur première rencontre. La peinture devient, en propre, la matière excrémentielle que Dalí manipule. Courbet et comment ce dernier manipulait sa matière , Dalí raconte avoir fini par lui répondre :  En avez-vous mangé ?