Histoire de la France, volume 2. Dynasties et révolutions, de 1348 à 1852 PDF

Cette révolte est à l’origine du terme  jacquerie  repris pour désigner toutes sortes de soulèvements populaires. Ses causes sont multiples, mais histoire de la France, volume 2. Dynasties et révolutions, de 1348 à 1852 PDF évidentes. Gaston Fébus et Jean de Grailly chargent les Jacques et les Parisiens qui tentent de prendre la forteresse du marché de Meaux où est retranchée la famille du Dauphin.


La principale troupe paysanne est écrasée les 9 et 10 juin près de Mello par l’armée de nobles rassemblée par Charles le Mauvais, roi de Navarre. Les origines immédiates de cette révolte sont mal connues mais semblent résulter d’échauffourées survenues entre des hommes d’arme et des paysans. De façon plus générale, cette révolte s’inscrit dans le contexte difficile de la guerre de Cent Ans, assombri depuis 1348 par la grande peste. Quelle que puisse être l’étincelle qui déclenche la révolte, celle-ci est tout de suite décrite avec horreur sous le terme d’ effrois  et enflamme, de proche en proche, la moitié nord du pays. Les chroniques du temps dressent un catalogue des violences antinobiliaires qui se déchaînent alors sur le pays. Ainsi, le chroniqueur Jean Froissart, dépeint, sous le terme de cruautés des  Jacques Bonhommes , un tableau pour le moins sinistre des méfaits de ceux qu’il qualifie de  chiens enragés . Ils déclarèrent que tous les nobles du royaume de France, chevaliers et écuyers, haïssaient et trahissaient le royaume, et que cela serait grands biens que tous les détruisent.

Lors se recueillirent et s’en allèrent sans autre conseil et sans nulle armure, seulement armés des bâtons ferrés et de couteaux, en premier à la maison d’un chevalier qui près de là demeurait. En cette même année 1358, en été, les paysans qui habitaient autour de Saint-Leu-d’Esserent et de Clermont-en-Beauvaisis, voyant les maux et les oppressions qui, de toute part, leur étaient infligés sans que leurs seigneurs les en protègent — au contraire il s’en prenaient à eux comme s’ils étaient leurs ennemis — se révoltèrent contre les nobles de France et prirent les armes. De fait, quel que soit l’effroi réel des contemporains, d’autres chroniqueurs se montrent eux aussi moins éloquents sur les atrocités et moins favorables aux nobles que Froissart. Beauvais souligne que  la sédition cruelle et douloureuse entre le populaire contre les nobles s’éleva aussitôt. L’issue de la révolte, une forme de contre-jacquerie, fut marquée par une grande violence qui marqua autant les contemporains que celle commise par les paysans. Le chef des révoltés, Guillaume Carle, ayant reçu l’assurance d’une trêve et d’une rémission, fut entraîné par traîtrise dans le camp des nobles où il fut supplicié et décapité. Cependant, par la suite, une certaine clémence royale se manifesta envers les principaux meneurs sous la forme de  lettres de rémission  qui constituent une autre source pour l’histoire de la Jacquerie.

Les interprétations de cette révolte sont nombreuses et, au-delà de son caractère circonstanciel, elle peut être rattachée à nombre des révoltes et des émotions paysannes médiévales. Elle a ainsi pu être comparée à la révolte anglaise de 1381, dite révolte des travailleurs d’Angleterre, à l’insurrection des remensas en Catalogne, au mouvement taborite en Bohême ou encore au mouvement hussite. Les historiens débattent de son caractère de lutte des classes et, étant donné la présence d’éléments nobles au sein du camp des Jacques, s’interrogent sur l’homogénéité du mouvement. Enfin, au-delà d’un refus de la pression fiscale, la révolte de 1358 peut se lire comme l’expression d’une revendication à la dignité de la part des masses paysannes et d’une perte de légitimité de la noblesse.