La querelle des dispositifs. Cinéma installations, expositions PDF

Avant qu’elle ne quitte les ordres en 1968 pour se consacrer à l’art, Corita Kent était plus connue sous le nom de Sister Corita, sœur au couvent du Cœur Immaculé de Los Angeles. Le temps de l’exposition, l’espace se transforme en atelier de la querelle des dispositifs. Cinéma installations, expositions PDF participatif au sein duquel petits et grands sont invités à faire usage des préceptes.


– Dites-moi au moins l’argument de la querelle.
– Oh! il est si simple qu’il paraît pauvre face à tant de points de vue qui aménagent plus ou moins une dilution du cinéma dans l’art contemporain, et son histoire à l’intérieur de l’histoire de l’art. La projection vécue d’un film en salle, dans le noir, le temps prescrit d’une séance plus ou moins collective, est devenue et reste la condition d’une expérience unique de perception et de mémoire, définissant son spectateur et que toute situation autre de vision altère plus ou moins. Et cela seul vaut d’être appelé cinéma.
– Vous ne suggérez tout de même pas une primauté de l’expérience du spectateur de cinéma sur les expériences multiples du visiteur-spectateur des images en mouvement de l’art dont on tend à le rapprocher ?
– Évidemment non. Il s’agit simplement de marquer qu’en dépit des passages opérant de l’une aux autres et inversement, ce sont là deux expériences trop différentes pour qu’on accepte de les voir confondues. On n’oblige personne à se satisfaire de la vision bloquée de la salle de cinéma. Ce désert de Cameraland, disait Smithson, ce coma permanent. On peut préférer la flânerie, la liberté du corps et de l’esprit, la méditation libre, l’éclair de l’idée. On peut aussi, comme Beckett, se sentir mieux assis que debout et couché qu’assis. Simplement, chaque fois cela n’est pas pareil, on ne sent ni on ne pense vraiment les mêmes choses. Bref, ce n’est pas le même corps. D’où la nécessité de marquer des pôles opposés pour mieux saisir tant de positions intermédaires.

Les essais rassemblés dans ce livre, écrits entre 1999 et 2012, évoquent parmi d’autres les artistes et cinéastes Eija-Liisa Ahtila, Chantal Akerman, Zoe Beloff, James Benning, Dara Birnbaum, Jean-LLouis Boissier, Janet Cardiff et George Bures Miler, Hans Castorf, David Claerbout, James Coleman, Pedro Costa, Harun Farocki, Masaki Fujihata, Yervant Gianikian et Angela Ricci Lucchi, Douglas Gordon, Pierre-Marie Goulet, Philippe Grandrieux, Gary Hill, Alfredo Jaar, Ken Jacobs, Rinko Kawauchi, Thierry Kuntzel, Fritz Lang, Chris Marker, Cildo Meireles, Jonas Mekas, Avi Mograbi, Antoni Muntadas, Max Ophuls, Tony Oursler, Pipilotti Rist, Doug Aitken, Tania Ruiz Gutiérrez, Sarkis, Shelly Silver, Robert Smithson, Michael Snow, Beat Streuli, Sam Taylor-Wood, Eulalia Valldosera, Danielle Vallet Kleiner, Agnès Varda, Bill Viola, Jeff Wall et Apichatpong Weerasethakul.

Le projet Mesa curandera de Louidgi Beltrame poursuit son exploration des modes d’organisation humaine à travers l’histoire contemporaine. Ses recherches filmiques l’ont ainsi mené dans des lieux aussi chargés qu’Hiroshima, Chandigarh ou encore Brasilia. Aujourd’hui, c’est aux pratiques magiques des guérisseurs du désert côtier péruvien que l’artiste s’intéresse. En 2015, il rencontre le curandero José Levis Picon Saguma dont le travail s’inscrit dans la continuité des rituels de guérison précolombiens.

Sa pratique de curandero, terme qui signifie guérisseur en espagnol, pourrait être englobée dans celle plus large du chamanisme. La pratique des curanderos intéresse Louidgi Beltrame avant tout en tant que forme de résistance postcoloniale. Le syncrétisme qui la caractérise peut être vu comme un camouflage adaptatif développé par les populations andines pour survivre à l’inquisition, puis à la répression coloniale. Pour filmer ces cérémonies sans en compromettre le déroulement, Louidgi Beltrame fait équiper sa caméra d’un dispositif infrarouge spécifiquement pensé. Très loin de l’esthétique usitée de la caméra de surveillance, les tonalités rosées accentuent la dimension immersive du film.

Ce projet a été sélectionné par la commission mécénat de la Fondation Nationale des Arts Graphiques et Plastiques qui lui a apporté son soutien. Le travail d’Alexandre Lavet agit en toute discrétion, évitant les effets spectaculaires et décoratifs, face au trop plein récurrent des productions artistiques. Il s’attache à produire des œuvres simulant des objets et autres accessoires habituellement visibles dans les salles d’expositions sans qu’on y prête réellement attention. Ya Rayi est une réflexion sur l’évolution du raï, musique populaire algérienne.

En arabe, raï signifie opinion . Les artistes y expriment les conditions de vie difficiles et les tabous auxquels les Algériens doivent se plier. Le raï est le reflet de la culture algérienne par sa créolité musicale et textuelle. Le personnage principal de Ya Rayi est un jeune homme. Son walkman rejoue en boucle des chansons de raï enregistrées sur K7. Il déambule à travers Oran et Paris, s’arrête au magasin Disco Maghreb d’Oran ou flâne dans le quartier de Barbès à Paris, hauts lieux de la culture raï des années 1990. Aujourd’hui, le raï est un genre musical peu connu des jeunes générations, plus attirées par la culture pop et le rap.