Nouveau pays ancien : Altneuland précédé de Retour à Altneuland : la traversée des utopies sionistes PDF

1896 et fondateur du Fonds pour l’implantation juive pour l’achat de terres en Palestine à l’empire ottoman. Nouveau pays ancien : Altneuland précédé de Retour à Altneuland : la traversée des utopies sionistes PDF est l’un des premiers à mettre en place l’idée d’un État autonome juif. Theodor Herzl est né dans le quartier juif de Budapest, capitale du Royaume de Hongrie caractérisée par son cosmopolitisme très important.


Altneuland (Nouveau pays ancien), le roman utopique de Theodor Herzl, a toujours été éclipsé par L’Etat des Juifs. Ce dernier a l’avantage d’être bref, d’aller droit au but et d’avoir fait date ; n’a-t-il pas suscité un élan fédérateur d’où a surgi le mouvement sioniste ? Altneuland, lui, n’a pas fait consensus. Pire, il a déclenché une polémique interne sans précédent au sein du mouvement sioniste. Il requiert du lecteur le détour par la fiction pour accréditer, en apparence, la même idée. Ce n’est pas un roman ordinaire, mais la description d’une utopie, à mi-chemin entre Thomas More et Jules Verne. Les sionistes s’en méfient, les fervents de l’utopie l’ignorent. Or, Altneuland n’est pas marginal, il a été marginalisé. Par certains côtés, il dérange. Pourtant sont traitées ici dans le détail toutes les questions qui viendront se poser à cet  » Etat des juifs  » une fois constitué : comment partager une terre avec les Arabes ? comment concilier judaïsme et laïcité ? comment inventer une vie nouvelle pour un homme nouveau ? comment à la fois hériter et déshériter de la vieille Europe et de l’Orient millénaire ? comment concevoir un foyer national qui ne soit pas puissance étatique ? Les propositions de Herzl sont enthousiastes, volontaristes, idéalisables : à l’envers d’une réalité qui chaque jour apporte son lot de conflits et de chagrins, au point qu’on en oublie quelquefois comment et pourquoi cela a commencé… Le retour à Altneuland alors, dans sa pleine et naïve générosité, s’impose en cette année du centenaire de la mort de Herzl (1860-1904), pour mieux en comprendre les attentes, en rêver les solutions nouvelles, en prévenir les douloureux échecs. Le roman est précédé d’une longue étude de Denis Charbit, professeur de Sciences politiques à l’université de Tel-Aviv, et auteur de nombreux travaux, parmi lesquels l’anthologie Sionismes. Textes fondamentaux (Albin Michel, 1998).

Son père, issu de l’immigration de la partie orientale de l’empire austro-hongrois, se définit lui-même comme réformiste et demeure un partisan de l’assimilation des Juifs au sein de leurs terres d’accueil. En 1889, il épouse Julie Naschauer, du même milieu que lui. Docteur en droit de formation, Herzl commence par écrire des pièces de théâtre puis devient journaliste et part à Paris comme correspondant de 1891 à 1896. Le bon Juif Daniel veut retrouver sa patrie perdue et réunir à nouveau ses frères dispersés.

Mais sincèrement un tel Juif doit savoir qu’il ne rendrait guère service aux siens en leur rendant leur patrie historique. Et si un jour les Juifs y retournaient, ils s’apercevraient dès le lendemain qu’ils n’ont pas grand’chose à mettre en commun. Au milieu d’une cérémonie militaire, Alfred Dreyfus se tient droit en uniforme vierge de tout insigne. Ses insignes et son fourreau sont à ses pieds, et en face de lui, un adjudant est en train de casser son sabre en deux sur son genou. La dégradation d’Alfred Dreyfus, le 5 janvier 1895. Le débat autour du titre français du Judenstaat bute sur certaines particularités linguistiques.

Juifs et non par la question juive ? Comme cela est écrit plus haut, il est couramment admis que l’affaire Dreyfus a été un  coup de tonnerre  pour Théodore Herzl. Cependant, Claude Klein, dans son ouvrage intitulé Essai sur le sionisme, estime que  la réalité est évidemment bien loin de cette fiction . Selon ce dernier, la question juive et l’antisémitisme n’ont jamais cessé de hanter Théodore Herzl.

Dès qu’il se mit à assigner à son action des buts précis dans l’espace réel, à nouer les forces en présence, il dut reconnaître combien son peuple était devenu disparate parmi les nations et les destinées les plus diverses : ici les Juifs religieux, là les libres penseurs, ici les Juifs socialistes, là les capitalistes, tonnant les uns contre les autres dans toutes les langues, et tous fort peu disposés à se soumettre à une autorité centrale. Pour mener à bien son projet d’État pour les Juifs, il décide de lancer une campagne internationale et de faire appel à toutes personnes susceptibles de l’aider. Le nombre de ses partisans augmente alors nettement. En 1898, il commence une série d’initiatives diplomatiques afin d’obtenir un soutien pour un pays juif.

Il participe à la première conférence de La Haye. Empire ottoman, pour négocier le don des terres de Palestine. Herzl propose d’effacer les dettes impériales en échange de la Palestine mais celui-ci lui répond :  Je préfère être coupé par le fer que voir la Palestine perdue . En 1902-1903, Herzl est invité à témoigner devant la Commission royale britannique sur l’immigration des étrangers. Dans le même temps, le mouvement sioniste est menacé par le gouvernement russe. Finances, et Viatcheslav Plehve, ministre de l’intérieur, antisémite notoire et crédité d’être responsable desdits pogroms.

Herzl présente des propositions pour l’amélioration de la situation juive en Russie. Mort en 1904, Herzl avait demandé à être enterré en Palestine quand le peuple juif y aurait fondé un État indépendant. En 1897, Herzl réunit à Bâle, avec l’aide de Max Nordau, le premier congrès sioniste. Les assises de l’Organisation sioniste mondiale sont établies et il la présidera jusqu’à sa mort, en 1904.

Herzl écrit encore :  c’est avec les Juifs, un élément de la culture allemande qui va aborder les rivages orientaux de la Méditerranée . Il y décrit une Palestine transformée en État d’essence juive, mais démocratique, dans lequel les non-juifs disposeraient des mêmes droits fondamentaux. L’utopie est brisée par le personnage de Geyer, un migrant fraichement arrivé dans le pays et qui fonde un parti nationaliste juif. Lors de la campagne électorale, Geyer milite pour la suppression du droit de vote des non-juifs. En Israël, une ville porte son nom : Herzliya. Jérusalem, le mont Herzl abrite sa sépulture et celle d’autres figures marquantes de l’histoire d’Israël. Theodor Herzl avait eu à Paris une aventure qui l’avait bouleversé, il avait vécu une de ces heures qui changent complètement une existence : il avait assisté en qualité de correspondant à la dégradation publique d’Alfred Dreyfus, il avait vu arracher les épaulettes à cet homme pâle, qui s’écriait :  Je suis innocent.

Henry Laurens, La Question de Palestine t. L’invention de la terre sainte, Fayard 1999, p. The tragedy of Zionism : how its revolutionary past haunts Israeli democracy, New York, Helios Press, 1er septembre 2002, 389 p. Cité dans Petite Histoire des Juifs de Jérôme et Jean Tharaud. The Arabs and Zionism before World War I, Berkeley, University of California Press, 1976, 258 p.