Qui êtes-vous, Eugen Drewermann ? PDF

Que peut-on dire de la  Loi naturelle  ? Qui êtes-vous, Eugen Drewermann ? PDF défis de la presse catholique.


Eglise et les médias : entre fascination et réprobation. Difficile de combattre un christianisme identitaire sans redéfinir ce que peut être un christianisme progressiste pour aujourd’hui. Henri Tincq a été responsable des pages religions du Monde de 1985 à 2008. Vingt-trois années d’une observation en quelque sorte privilégiée de la vie de l’Eglise catholique. Un travail poursuivi depuis lors au travers de diverses contributions éditoriales.

Je ne reconnais plus mon Eglise écrit l’auteur dès la première ligne. Les raisons en sont nombreuses, qu’il développe tout au long de son essai. Mais lui restent en travers de la gorge les résultats de la présidentielle de 2017. D’où sa colère contre le mutisme des évêques de France qui, dans l’entre-deux tours, ont refusé de prendre position. Faute morale écrit Henri Tincq d’autant plus incompréhensible que François Fillon avait lui-même appelé à barrer la route à la candidate du FN. L’expansion d’un christianisme identitaire Au fond, ce scrutin pose à lui seul les termes du débat que développe l’ouvrage.

La charge est violente et demanderait sans doute à être nuancée ici ou là. Mais qui peut contester qu’elle exprime là le ressenti de nombreux catholiques qui comme Henri Tincq ne reconnaissent plus leur Eglise ? Une Eglise en échec contre la libéralisation des mœurs Sans doute le débat autour de la loi Taubira a-t-il été la charnière de ce basculement et de cette radicalisation dans l’un et l’autre camps. L’auteur souligne combien, à rebours de l’opinion dominante il y a moins d’un siècle, les Français reconnaissent aujourd’hui la légitimité de l’Eglise à intervenir dans le champ social pour dénoncer les injustices ou mobiliser sur la révolution écologique.

Il reconnaît néanmoins, s’agissant de la loi Taubira, que la polémique ne s’est pas réduite à une entreprise obscurantiste comme celle décrite et dénoncée par les partisans de la loi. Effet générationnel oblige, c’est sur la disparition des cathos de gauche, qui des décennies durant ont donné une certaine coloration progressiste au catholicisme Français, qu’Henri Tincq dit le plus douloureusement son incompréhension. Déçus de la gauche dont ils ont souvent été les mal-aimés, déçus de l’Eglise dont les pontificats de Jean-Paul II puis de Benoît XVI leur ont semblé remettre en cause les acquis du Concile, déçus que l’espérance nourrie par l’avènement du pape François ne se soit pas à ce jour réellement concrétisée. Impuissants, ils assistent à l’ascension d’un catholicisme de droite identitaire qui est à la fois la cause et le symptôme de leur défaite. Sans doute est-ce là la phrase clé du livre.