Sur les barques de Braque : Dans l’attente de l’ultime traversée PDF

Georges Braque, 1908, photograph published in Gelett Burgess, The Wild Men of Paris, Architectural Record, May 1910. C’est en étudiant méthodiquement, dès 1906, les lignes de contour de Paul Cézanne, que Braque a abouti progressivement à des compositions qui utilisent de légères interruptions dans les lignes, comme dans Nature morte aux pichets. Mobilisé pour la Grande Guerre où il est grièvement blessé, le peintre abandonne les formes géométriques pour des natures mortes où les objets sont dans des sur les barques de Braque : Dans l’attente de l’ultime traversée PDF recomposés.


Georges Braque a peint plus de soixante tableaux ayant pour sujet des barques entre 1928 (date à laquelle il se fait construire un atelier en Normandie et reprend la peinture de paysage abandonnée dix-sept ans plus tôt) et 1960, trois ans avant sa mort. Ce thème va initier une nouvelle série dans son oeuvre, une série « à part », tant par sa diversité et sa richesse que par son rythme et sa durée. Braque représente ses barques hors de toute présence humaine, le plus souvent échouées au pied des falaises crayeuses de la Côte d’Albâtre, devant des mers sombres et sous des ciels d’orage. Difficile de ne pas imaginer qu’en peignant ainsi ces esquifs fragiles et solitaires au bord de la nuit, l’artiste n’ait pas pensé au « grand passage », celui qui conduit là d’où l’on ne revient pas, et ne nous ait pas laissé quelque message. Très peu de choses ont, à ce jour, été écrites sur ce thème dans l’oeuvre de Georges Braque. Cet essai, publié à l’occasion du cinquantième anniversaire de la mort de l’artiste, en constitue une première tentative.

Pendant la période suivante qui va jusqu’aux années 1930, il produit des paysages, des figures humaines et, malgré la diversité des sujets, son œuvre est  d’une remarquable cohérence. Le Cahier de Georges Braque, 1917-1947, publié en 1948, résume sa position. La Seconde Guerre mondiale lui a inspiré ses œuvres les plus graves : Le Chaudron et La Table de cuisine. La paix revenue et la fin de sa maladie lui ont inspiré les œuvres plus approfondies, tels les Ateliers, qu’il élabore souvent pendant plusieurs années, poursuivant six ébauches à la fois ainsi qu’en témoigne Jean Paulhan. Deux ans avant sa mort, en 1961, une rétrospective de ses œuvres intitulée L’Atelier de Braque a lieu au musée du Louvre, Braque devient ainsi le premier peintre à être exposé dans ce lieu de son vivant. Homme discret, peu porté sur les relations publiques, Braque était un intellectuel féru de musique et de poésie, ami notamment d’Erik Satie, de René Char, d’Alberto Giacometti. Entrée du port du Havre où le jeune Braque allait flâner.

Honfleur où Braque passe ses vacances à partir de 1904. Georges Braque grandit au sein d’une famille d’artisans. Il est le fils d’Augustine Johannet et de Charles Braque, entrepreneur de peintures en bâtiment à Argenteuil, également  peintre du dimanche  qui peint très souvent des paysages inspirés des impressionnistes. En 1890, la famille s’installe au Havre et en 1893, le garçon entre au lycée. Mais il n’a aucun goût pour l’étude, il est fasciné par la vie du port. En 1899, il quitte le lycée sans se présenter au baccalauréat et il entre comme apprenti chez son père, puis chez Roney, un de leurs amis qui est peintre décorateur. L’année suivante, il vient à Paris, pour continuer son apprentissage chez un peintre-décorateur, Laberthe.

En même temps, il suit le cours municipal des Batignolles dans la classe de Eugène Quignolot. Il habite Montmartre, rue des Trois-Frères. Marie devient sa confidente, son accompagnatrice à Montmartre, ils se dessinent mutuellement, sortent en ville, partagent leurs plaisanteries, leurs secrets et leurs  jours de flemme . Mais Marie est une aguicheuse, pas facile à séduire.

Cette vie de  luxe et de volupté  renforce le jeune homme dans sa décision de rompre les amarres. 1905 à l’école des Beaux-Arts de Paris où il rencontre Othon Friesz et Raoul Dufy. Matisse à poursuivre une carrière de peintre. L’Estaque, vue des toits, au fond, le viaduc. Le viaduc et la baie de l’Estaque. Le port et la baie de l’Estaque.

Le tableau ayant été refusé au Salon d’automne de 1908, le marchand d’art Daniel-Henry Kahnweiler, très choqué par cette réaction, propose à Georges Braque de lui ouvrir sa galerie pour présenter cette œuvre, ainsi que l’ensemble des œuvres récentes du peintre. Cette même année, Braque visite l’atelier de Pablo Picasso, il y découvre deux toiles : Les Demoiselles d’Avignon, ainsi que Trois femmes qui n’est pas encore achevé. Ils provoquent d’abord l’étonnement de Braque qui a pourtant entamé la même démarche avec ses Nus. Mais ce ne sont pas de ces toiles qu’il va tirer son inspiration pour Le Grand Nu commencé en 1907 et achevé en 1908. En fait, Braque était déjà sur une autre voie, il avait commencé des variations sur les paysages de l’Estaque. Lorsqu’il réfléchit, après les avoir vus, ces tableaux confirment les orientations de la recherche qu’il a déjà menée avec Viaduc à l’Estaque ou Le Grand Nu.

C’est à partir de là que va commencer la  cordée Braque-Picasso , avec deux artistes sans cesse en recherche et en confrontation. Selon Pierre Daix :  Ce que la rencontre entre Picasso et Braque fait surgir, c’est que le motif n’est plus la peinture. Nu debout est peu connu, peu souvent exposé, il appartient à une collection privée. Les formes sont modelées selon une structure et un rythme qui sont les deux notions fondamentales du cubisme. Son inspiration est instinctive et sa voie picturale suit les traces de Paul Cézanne.